Les belettes c’est chouette

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Il est des choses que peu de gens connaissent à mon sujet, et le fait que mes parents m’aient surnommé dans un lointain passé « Belette » n’est plus vraiment de celles-là, mais passons. C’est quand même un animal que j’affectionne, pour son appartenance à la famille des petites bêtes à fourrure et grandes dents, et puis parce que ça sonne bien. Donc j’avais envisagé, dans la plus pure tradition NioutaikienneLaamienne-geek-kawai de remplir un billet d’images de belettes, de bébés belettes et de dessins de belettes mignonnes pour faire bonne mesure, quand tout à coup m’est venue une bien meilleure idée : écrire un conte pour enfant avec une belette.

Ça ne m’empêchera pas de truffer le billet d’images choupinoutes d’ailleurs, c’est juste un prétexte pour écrire, parce que ça me démange, voilà 😀

Il était une fois une petite belette qui s’appelait Lucille, et qui vivait au pays des licornes arc-en-ciel. Elle avait une jolie maison faite en petits fagots, avec de jolies fenêtres rondes et une petite porte décorée avec un tout petit point de croix. Elle était plutôt heureuse dans sa petite maison, au milieu du grand pays des licornes arc-en-ciel aux mille cascades chatoyantes. Ses voisins les animaux de la forêt étaient courtois et amicaux, et jamais elle n’avait eu de véritables ennuis.

Mais la vérité, c’est que comme toute petite belette, elle rêvait d’aventure, de rencontres et de nouvelles contrées à explorer. Les mille cascades n’étaient pas vraiment un millier, les voisins animaux n’étaient pas très intéressés par sa vie de belette, et puis les licornes… Les licornes étaient de véritables pimbêches, voilà. Toujours en train de se vernir les sabots, de se natter la crinière et de glousser comme des dindes prépubères, elles ne se préoccupaient que de leur museau.

Lucille avait donc décidé de prendre ses cliques et ses claques, et de partir en voyage, un grand voyage jusqu’au bout du monde. Comme elle n’était pas bête, elle voulait tout d’abord bien se préparer. L’aventure comprend sa part de risque, et elle comptait se prémunir au maximum des dangers qu’elle risquait de rencontrer au hasard des sentiers. Elle alla demander conseil à Séraphine, la vénérable araignée qui vivait dans une tanière un peu à l’écart des autres animaux. Séraphine l’accueillit à pattes ouvertes et lui prépara une bonne tasse de thé pendant que Lucille lui exposait son grand projet de décamper d’ici. « Tu as raison, ma petite belette », dit-elle en roulant ses 8 yeux au plafond. « La vie ici n’est pas terrible. Si je pouvais, j’aurais déjà chassé ces insupportables licornes d’ici, leurs hennissements me fichent le bourdon. Mais je ne peux même pas leur mordiller les sabots, avec mon dentier… » La pauvre vieille araignée avait l’air bien déprimée, et Lucille eut aussitôt envie de l’inviter à ficher le camp ensemble de ce trou paumé. « Ah, ma petite belette, que tu es gentille, mais à mon âge ce n’est pas raisonnable… Je peux cependant te donner deux choses : ceci (elle lui tendait un petit panier plein de galettes au beurre) et un bon conseil. Si jamais tu croises un loup, n’essaie pas de lui adresser la parole, et fuis de toutes tes petites pattes! »

Lucille était contente d’avoir pu obtenir d’aussi bons conseils (et d’aussi bonnes galettes au beurre) pour la route. Elle se demandait quand même si elle avait bien pensé à tout : elle avait de l’eau et de la nourriture pour une semaine, des shorts et de bons pulls au cas où le temps se gâterait, une toile de tente, une petite chaise pliable et un peu de lecture. Oh, mais c’est bien sûr! Lucille courut vers la porte de sa maison. Le point de croix qui l’ornait représentait un arc-en-ciel, et avec une petite larme à l’oeil, elle fourra l’ouvrage dans son sac à dos. « Maintenant, je suis prête », se dit-elle. « C’est parti! En route pour l’aventure! »

Le sentier qu’elle avait choisi pour commencer son périple courait droit vers l’ouest, en s’enfonçant rapidement dans les fourrés. Lucille sentait les roches humides sous ses coussinets, et savourait les craquements des brindilles et des aiguilles de pin sèches qu’elle cassait à chaque foulée. Un fumet de végétaux en décomposition lui effleurait agréablement les naseaux, elle se sentait revivre. Son pas leste la conduisit rapidement entre les arbres qui se faisaient plus denses. Il n’y avait plus trace de ses anciens voisins : les animaux du pays des licornes arc-en-ciel ne s’aventuraient pas aussi loin dans la forêt.

Au hasard de ses errances, Lucille finit par déboucher dans une petite clairière cernée de vénérables saules. Un cours d’eau clair et glacial la traversait, et un petit animal avait apparemment profité de cet endroit dégagé pour y installer sa demeure : ronde et taillée dans un tronc, la bicoque en forme de grosse noisette avait un air cossu. En se rapprochant, Lucille découvrit son propriétaire en train de laver son linge dans la rivière. « Ohé! Monsieur le raton laveur! Comment allez-vous? » Sa maman lui avait appris que parmi les habitants de la forêt, les seuls à laver leur linge à longueur de journée sont les ratons laveurs. « Olà demoiselle Belette! Je me nomme Siegfried le raton laveur! Je suis à vous dans une minute! »

Lucille était bien éduquée et attendit patiemment que son nouvel ami daigne s’occuper d’elle plutôt que de ses frusques délavées. Elle jouait avec une brindille dans le courant quand Siegfried revint vers elle, boule de poils ébouriffés par l’humidité. Il la regardait d’un œil brillant, mi-figue mi-raisin. Comme elle n’avait jamais connu de raton laveur, elle ne savait pas trop comment interpréter son faciès. Ses petits yeux noirs ronds comme des billes ne lui inspiraient pas que de la sympathie, il fallait l’avouer. Mais Siegfried lui tendit la patte pour la relever, et l’invita à boire un peu de lait dans sa jolie demeure.

« Tu viens du territoire des licornes endiablées, n’est-ce pas? » lui demanda-t-il entre deux lampées. Lucille haussa les sourcils ; elle commençait à se demander si elle avait bien fait de s’approcher de cet étrange animal aux allures d’ermite. « Je viens du pays des Licornes arc-en-ciel, peut-être en avez-vous déjà entendu parler? C’est juste à côté, là, derrière ces arbres. »

« Pour ça oui ma jolie, je les connais rudement bien, ces diablesses. » Il avait maintenant un air farouche, et reprit dans un souffle : « Les êtres les plus abjects de la forêt, voleuses, menteuses, pilleuses de tombes et nécrophages à leurs heures… Ces maudites licornes m’ont fait tourner en bourrique plus d’une fois. Mais je suis prêt à les accueillir, maintenant, ooooh oui! »

Lucille était sidérée. Elle était tentée de croire le récit de ce brave raton, sans pour autant reconnaitre la description des licornes auprès desquelles elle avait vécu pendant de longues années. Se pouvait-il qu’elles… mangent des bébés licornes? Ark…

« Ce que vous dites est-il vrai, monsieur le Raton laveur? Je ne les ai jamais trouvées très cool, mais ça va quand même un peu loin… Vous êtes sûr d’avoir toute votre tête? » (quelqu’un qui passe son temps à laver son linge, le doute est permis!)

Siegfried paraissait ennuyé à présent. « Évidemment, tu ne me crois pas… Tu n’es pas la première, va. Ces petits poneys cornus ont l’art de tromper les gens, de tourner toutes les situations à leur avantage. Mais elles viennent dévaster mes champs de laitue et de carottes dès qu’elles en ont la chance! Elles sont méchantes… Mais je connais leur point faible! »

« Oh, et quelle est cette faiblesse? L’orgueil? Une hyper sensibilité des crins? »

« Hahaha, mais non, il s’agit de leurs sabots bien entendu! » Le raton partit dans un grand rire caverneux qui faisait un peu peur. « J’ai installé des pièges : des petits bassins de sang de chamois d’or qui fait fondre les sabots des licornes, leur infligeant mille souffrances et mettant à nu leur unique point faible : la pulpe des pieds! Dès lors elles sont obligées de m’obéir. J’ai dominé les licornes, oui! »

C’était une idée intéressante, mais Lucille se sentait un peu dégoûtée par l’aspect torture, bain de pieds et tout ce qui s’ensuit. Finalement, elle pria le raton laveur de lui accorder l’hospitalité de sa chaumière pour la nuit, et se retira prestement dans ses quartiers, bien décidée à reprendre la route dès le lendemain. Siegfried n’était pas un mauvais bougre mais il avait assurément un grain, et elle ne tenait pas à s’éterniser pour voir quelle technique de torture il pourrait mettre au point sur les belettes.

Le lendemain matin, Lucille se réveilla non pas dans un lit douillet, comme elle aurait pu s’y attendre, mais bringuebalée dans un sac de toile qui laissait faiblement filtrer la lumière du jour. « QUSHHHHHZCHHHHHHPFFFF FSHHH? » demanda-t-elle, mais elle n’attendait pas vraiment de réponse. On l’avait bâillonnée pour qu’elle ne puisse pas grignoter la toile du sac, ce qui laissait supposer une certaine intelligence de la part de son ravisseur. Au bout d’une centaine de pas, elle fut déposée sur un sol dur et le sac s’ouvrit. La lumière éblouissante lui cacha provisoirement les traits de celui qui l’avait emmenée en promenade dans le sac. Elle cligna des yeux, et ne put réprimer une petite grimace en se trouvant museau à museau avec… un loup!

Elle essaya de fuir le plus vite possible, comme Séraphine le lui avait conseillé, mais ses pattes entravées refusaient de lui obéir. Alors elle se mit à crier, couiner, geindre et sangloter tout à la fois : « Monsieur le loup! Pourquoi m’avez-vous amenée ici? Laissez-moi partir! »

Le loup baissa les yeux sur elle, un regard plein de dédain et d’un peu d’appétit aussi. « Pas question! J’ai faim, et j’ai enfin réussi à mettre la main sur un repas. Je n’aime pas trop la belette mais tant pis! Il faut bien que je mange, même si je ne peux pas planter mes griffes dans ce raton laveur bien gras qui a mis des pièges partout! J’ai déjà de la chance que ce lâche de Siegfried m’ait dit de passer prendre un encas, sans ça je serais bientôt mort de faim. Et maintenant, à table! »

Voyant que ses couverts étaient déjà aiguisés et sa serviette nouée autour du coup, Lucille vit sa vie défiler devant ses yeux, une vie bien ennuyeuse pleine d’arcs-en-ciels et de poneys hilares. Les larmes lui montaient aux yeux, mais elle ne s’avouait pas encore vaincue. « Comment ça? Siegfried vous a dit… de venir me chercher? Pour me manger? Comment est-ce possible? »

Le loup semblait de plus en plus affamé, mais néanmoins civilisé, il lui répondit en se pourléchant les babines : « C’est un accord entre nous. Il a installé ses pièges à puces suceuses de sang pour que je ne puisse pas l’approcher, mais il me fournit quand même quelques animaux de passage comme pitance, et en échange je rabats une ou deux licornes vers chez lui. J’ignore ce qu’il en fait mais ça ne fait pas de mal, quelques licornes en moins dans la forêt. Je hais leurs poniaiseries et leurs chants, rrraaaah! »

Lucille cherchait désespérément un moyen de s’en sortir, quand lui vint une idée. « Vous voudriez manger le gros raton juteux, monsieur le Loup? »

« Evidemment, ils sont si savoureux. Mais je t’en prie, appelle-moi Phil, Phil Loup c’est mon nom. Autant que tu le saches puisque je vais te manger. »

« Je n’en ferais rien, Phil. Voyez-vous, je connais un moyen très simple pour que vous puissiez croquer cet appétissant raton. Il m’a révélé le secret de ses pièges, et je sais comment les désamorcer. Je peux vous aider! »

Le loup semblait perplexe. La bave lui coulait sous le menton, mais on voyait à son air rêveur que l’idée de se mettre sous la dent un bout de Siegfried ne le laissait pas indifférent. « Et comment, tu vas m’aider, petite belette! Dépêche-toi, car j’ai grand faim, et je vais bientôt perdre patience! »

Lucille partit donc avec Phil dans la direction de la demeure du raton laveur. Il la portait à moitié et la trainait par les pattes, et c’est ainsi cahin-caha qu’ils arrivèrent en vue de la grosse noisette.

« Va donc et sois rapide, petite belette, ou je ne ferai qu’une bouchée de toi! »

Les pièges du raton étaient plus visibles en plein jour, et Lucille n’eut aucun mal à les repérer. Elle les examina un à un, en veillant à rester furtive, et surtout rapide, car le loup trépignait d’impatience un peu plus loin. Aucun signe du raton… Elle s’approcha de la petite maison : Siegfried était en train de ronfler comme un ourson, sûrement pris dans sa sieste vespérale. Elle n’avait plus beaucoup de temps. Elle revint sur ses pas, traçant dans sa tête un chemin entre les pièges suffisamment large pour que le loup puisse s’y aventurer. La majorité concernait les licornes de toute façon, mais il allait quand même lui falloir désamorcer deux pièges à puces avant de faire passer le loup. Le mécanisme était simple, avec un ressort, il lui suffit de glisser une pierre de la bonne taille pour être sûre de bloquer le déclenchement. Rassurée, elle se retourna vers Phil :

« C’est bon! Venez vous régaler, monsieur Loup! Par ici, il vous suffira de courir tout droit! »

Phil débarqua à toute allure, arracha le toit de la chaumière, et attrapa le raton entre deux griffes, avant de l’envoyer en l’air faire un double salto. Il le rattrapa dans la gueule, les mâchoires claquèrent, et on entendit un petit cri de putois lorsque le crâne du raton commença à être broyé.

Tout à son divin repas, le loup ne faisait plus du tout attention à la petite belette, qui prit bien entendu la poudre d’escampette, mais pas avant d’avoir réenclenché les pièges à puces suceuses de sang. Le loup en serait pour ses frais lorsqu’il reviendrait à ses esprits. Lucille avait fini par bien l’apprécier, mais il fallait quand même mettre toutes les chances de son côté!

Elle n’était pas sûre de vouloir rentrer tout de suite au pays des licornes arc-en-ciel, mais cette aventure lui servirait en tout cas de leçon : il ne faut jamais dormir chez des inconnus qui lavent trop leur linge.

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